Fabienne Swiatly

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  • A propos de Boire

    Entretien avec Lionel tran, en 2008


  • Tu as publié trois livres en très peu de temps : Boire (Editions TerreNoire, 2007, réédité par Ego comme X en 2008), Gagner sa vie (La Fosse aux Ours, 2006) et Sans voix (En Forêt, 2006). J’aimerais pour commencer que tu nous en dises un peu plus sur ce dernier ouvrage. C’est un texte poétique qui mêle le français et l’allemand. Quel est ton rapport à cette langue ?

    Ma mère était Allemande. Mais j’ai eu pendant très longtemps un rapport très difficile avec cette langue. J’ai grandi en Lorraine et j’étais scolarisée dans les années 1960. A cette époque et dans cette région l’allemand était encore considéré comme la langue de l’ennemi, de l’oppresseur. Il était très mal venu de le parler. Pendant toute mon enfance, ma mère me parlait en allemand et je lui répondais en français. Je n’ai que très récemment réussi à parler en Allemand, à considérer cette langue comme mienne. Aujourd’hui, je peux dire que c’est une richesse de pouvoir m’exprimer dans deux langues. De plus, connaître et parler plusieurs langues aiguise la maîtrise que l’on a de la sienne.

    Il y a des choses que l’on dit en français et d’autres en allemand ?

    Oui, et cela permet d’exprimer plus de réalités. Ce printemps, je vais partir dans une résidence d’auteurs à Berlin pendant deux mois. Ce sera une nouvelle étape dans la découverte de cette langue. Peut-être arriverai-je à écrire en allemand.

    Ton père était Polonais. Sans voix traite de ton rapport à la langue maternelle. As-tu choisi l’allemand ? Pourquoi ne pas t’intéresser plus à ta langue paternelle ?

    Mon père ne parlait jamais de son pays et ne s’exprimait jamais en polonais. Malgré mon nom, je ne me sens pas du tout Polonaise. J’irai sans doute un jour en Pologne, pour voir, mais c’est tout.

    Comment as-tu vécu le succès de Gagner sa vie ? Qu’est-ce que ça a changé dans ton rapport à l’écriture ?

    Après Gagner sa vie, j’ai mis plusieurs mois à me remettre à écrire. De nouvelles questions se posent quand on est édité. On se demande si ça va plaire à son éditeur, aux lecteurs. Etre reconnue comme auteur est une vraie chance : c’est grâce à ce succès que je peux aller à Berlin dans la résidence d’auteurs, j’ai aussi pu obtenir une bourse. Mais c’est aussi angoissant. C’est de nouvelles contraintes : accepter que son livre entre dans une logique commerciale, qu’il soit entre les mains d’autres acteurs de la chaîne du livre, lui laisser vivre sa vie. La Fnac en a par exemple fait la promotion, je n’aurais jamais cru. Il faut aussi se prêter au jeu des interviews, parler de ce que l’on fait, se mettre en scène. Ca ne me dérange pas, mais c’est quelque chose de nouveau qu’il faut apprendre à gérer. Il faut surmonter ces contraintes et passer à d’autres projets.

    Tu as parlé du regard des lecteurs et de l’éditeur. Et celui des autres auteurs ?

    C’est vrai que j’ai été amenée à rencontrer des auteurs dont j’avais lu les livres lors de salons ou autres rencontres. Je lis énormément et c’est vrai que c’est étrange de côtoyer les auteurs des livres que l’on lit. Ils ne sont pas forcément comme on les imagine, on peut aimer leurs livres et ne pas avoir grand-chose à partager.

    Gagnes-tu ta vie avec l’écriture ?

    Non. J’ai fait le choix d’arrêter mon activité professionnelle de façon temporaire pour me consacrer à l’écriture mais je n’en vis pas. Je profite de ma bourse pour vivre cette expérience pleinement. Mais je sais que je retournerai travailler un jour.

    Parlons pour finir de Boire. Qu’aurais-tu envie de nous dire ?

    Dans mes livres, je parle de moi sans pour autant que se soit des autobiographies. J’ai cherché une certaine neutralité alors que je parlais de choses très intimes sur mon passé, sur ma famille. C’est un texte en apparence très brut, sans analyse que j’ai pourtant mis des années à écrire. J’ai voulu parler sans impudeur ni pathos de l’alcoolisme, de cette dépendance. J’ai voulu parler du moment où l’on boit, quand le temps se met à la verticale. Parler de la demi-heure d’euphorie, quand on se sent vivre et que tout semble possible. J’ai voulu parler de l’après, du lendemain qui renvoie l’alcoolique à sa solitude et à sa détresse. Être alcoolique, être dépendant de quoi que se soit, c’est passer des moments en se convainquant qu’ils sont de bons moments. Essayer des les reproduire, de les multiplier, puis se rendre compte que rien ne change, que rien n’évolue. Boire, est une suite de fragments qui sont comme ces moments de temps à la verticale. Des scènes de la vie quotidienne qui s’enchaînent et se ressemblent.

    (entretien paru sur le site www.editionsterrenoire.com)

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