Loïc Néhou photographié par Alberto Bocos Gil en 2010.

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  • A propos des mangas publiés par Ego comme x

    Entretien avec l’éditeur pour le site mang’Arte, en 2004


  • Mang’Arte : La publication de « L’Homme sans talent » date d’il y un an. Vous êtes donc un « jeune » éditeur de manga comparé à vos dix ans d’existence. À quoi est dû ce choix ? Comment la manga est-elle entrée dans le catalogue d’Ego comme X ?

    La manga est entrée dans notre catalogue grâce à Frédéric Boilet qui vit au Japon et dont nous avons, entre autre, édité le dernier livre L’Épinard de Yukiko. Depuis que nous étions ainsi en contact, il m’envoyait les mangas qui lui semblaient intéressants... Puis, nous avons été invités là-bas, Fabrice Neaud et moi, notamment pour une grande exposition collective au musée des Beaux-Arts de Tôkyô. Y étaient présentées des œuvres de plusieurs auteurs d’Ego comme x (Matthieu Blanchin, Frédéric Boilet, Fabrice Neaud, Frédéric Poincelet et moi-même), en compagnie de quelques autres auteurs français (David B. et Emmanuel Guibert) et de plusieurs auteurs japonais (Yamada Naito, Jirô Taniguchi et Fukuyama Yôji). Ce fut aussi l’occasion de découvrir des œuvres inconnues et de rencontrer quelques interlocuteurs avec qui nous avons pu travailler par la suite. C’est donc à l’issue de ce voyage et grâce à Frédéric Boilet (qui en assurera la traduction et adaptation), que nous avons publié notre première manga L’homme sans talent de Yoshiharu Tsuge.

    Mang’Arte : Quel sera le rythme de publication des mangas et à combien tirez-vous chaque titre ?

    Il n’y a pas de rythme de publication établie à l’avance. Il ne s’agit pas de s’organiser en ordre de bataille comme le font désormais la plupart des éditeurs pour s’assurer un quota de mangas rentables quelle qu’en soit la qualité. Comme à notre habitude, et pour tous nos autres livres, le choix se fait au fil des œuvres que nous rencontrons.
    L’homme sans talent a été édité puis réédité deux mois après sa sortie pour un total de 6000 exemplaires.

    Mang’Arte : Etes-vous un lecteur assidu de manga ou est-ce un genre nouveau pour vous ?

    Je dois dire que depuis que je suis allé au Japon je me suis très sérieusement penché sur les mangas. J’en lis maintenant plus que des bandes dessinées car c’est le champ où il me reste le plus à découvrir. L’on peut d’ailleurs remarquer que notre conception du livre (importante pagination, format, noir et blanc…) est bien plus proche de la leur que des albums cartonnés hexagonaux.

    Mang’Arte : Parlez-nous de « Dans la prison » de Kazuichi Hanawa qui va paraître en janvier prochain.

    Dans la prison (« Keimusho no naka » dans son titre original) de Kazuichi Hanawa à été publié en 2000 au Japon. Cet ouvrage constitue un remarquable témoignage sur les trois années que l’auteur a passées dans une prison de l’île nord d’Hokkaidô, où il avait été incarcéré le 8 décembre 1994 pour détention illégale d’arme à feu. Dans cet habile pamphlet contre le système carcéral nippon, Kazuichi Hanawa rend compte de la vie dans cette « communauté » d’une manière extrêmement scrupuleuse où une foule de détails prennent une importance qu’ils n’auraient pas à l’extérieur et élabore une réflexion originale sur sa condition de détenu. (Un film adapté de ce livre a également été réalisé par Yoichi Sai. Sorti au Japon en 2002, il a été présenté en 2003 au festival de Deauville.)

    Mang’Arte : Avez-vous des critères de sélection précis concernant le choix de vos auteurs ? Par exemple, tenez-vous compte du succès à l’étranger, en particulier au Japon ?

    Ce sont les mêmes critères que pour nos autres livres. Il convient peut-être d’être encore plus vigilant car, dans la mesure où je ne parle pas japonais, un livre peut avoir un intérêt apparent en version originale, mais il convient absolument de s’assurer de sa qualité réelle avant d’en entamer la publication. Seul m’importe l’intérêt de l’œuvre. Son succès au Japon ne rentre absolument pas en ligne de compte.

    Mang’Arte : Quelle place sera la vôtre dans un marché du manga en pleine expansion en France et en Europe ?

    Comme je le dis ci-dessus, seul nous importe l’intérêt de l’œuvre ce qui fait une notable différence avec tous les autres éditeurs dont les choix sont principalement guidés par le résultat des ventes au Japon. Donc avec une telle conception, il y a peu à parier que trop de monde veuille marcher sur nos plates-bandes. De toute manière notre intérêt nous porte coutumièrement vers ce qu’aucun autre éditeur ne pourrait publier à notre place…

    Mang’Arte : Les mangas d’auteurs japonais ont-ils une influence sur les auteurs de BD françaises et européennes ?

    Toute œuvre digne de ce nom peut avoir une influence sur les œuvres de son temps ou celles à venir. Mais les échanges marchent dans les deux sens, il y a des auteurs européens que les mangas influencent (Fabrice Neaud, a notamment fait un hommage à L’homme qui marche de Jiro Taniguchi dans son Journal) et l’inverse est également exact pour certains auteurs japonais qui ne cachent pas l’influence qu’ont exercées sur eux des œuvres européennes.

    Mang’Arte : Doit-on craindre le « Péril Jaune » Manga où au contraire, assistons-nous à un simple phénomène de mode passager ?

    Certains auront plus à craindre que d’autres… À mon avis le phénomène n’a pas de raison d’être juste passager. Car s’il est patent que les jeunes lecteurs se tournent maintenant majoritairement vers les mangas (on les comprend : 200 pages pour 5 euros, en comparaison avec l’offre des classiques albums de 44 pages à 12 euros !), il s’en suivra qu’ayant découvert le médium de cette manière, ils continueront avec les mêmes habitudes de lecture.
    Je prédis que pas mal d’auteurs européens, que les éditeurs ont incités pendant des années à raconter sur 44 pages couleurs des histoires de trolls et d’épées magiques, vont rester sur le carreau par la faute de ces mêmes éditeurs qui n’auront pas su flairer la tendance pour en tirer les conséquences qui s’imposent en anticipant sur ce qu’ils devront donner à lire dans l’avenir en matière de création.

    Propos recueillis par Nathalie van den Broeck et Emmanuel Raillard, octobre 2004.

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