Xavier Mussat photographié par Fabrice Poincelet

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  • A propos de SAINTE FAMILLE

    Entretien pour Avoir-à-lire, en 2004


  • Pouvez-vous me parler de la manière dont vous travaillez, du rapport entre le texte et l’image ?

    La phase de l’écriture est prédominante. Je fais d’abord un bloc de texte, puis je réfléchis à la manière de le découper, aux images que ça évoque. Je le retravaille beaucoup, je rature, j’essaie d’être au plus près de ce que je cherche à dire. Ensuite, les dessins permettent de nuancer, de donner une deuxième lecture. Le texte a un côté très frontal, premier degré. Si on ne lit que ça, le sens sera différent, beaucoup plus dans le pathos. L’image casse ça et rajoute une distance, un côté presque burlesque. Mais ce n’est jamais un rire indécent. Je n’essaie pas de nier la douleur, la difficulté. Les gros nez, tous ces détails, permettent juste de les transfigurer. Paradoxalement, introduire une distance permet au lecteur de se retrouver, de ne pas être mis brutalement face à l’histoire d’une seule personne. C’est une sorte de pantomime de ma propre vie.

    Comment ces récits très intimes sont-ils perçus par vos proches, par les gens que vous côtoyez et que vous mettez en scène ? Quelles incidences ont vos livres sur votre vie et votre rapport aux autres ?

    Je sais que mes livres peuvent mettre certaines personnes mal à l’aise, et je le regrette. Dans Sainte famille, je raconte des choses qui font partie du passé, mais ça reste difficile aujourd’hui. Quand je parle de gens que je vois au quotidien, c’est encore plus délicat. En même temps, je sais que si ce que je fais parvient à toucher les gens, c’est justement parce que je parle de mon histoire personnelle. Le meilleur moyen de parler aux autres, c’est se parler à soi. Si tu trouves ce qui te touche toi, tu as une chance de les toucher. Mais je ne veux pas non plus faire de mal à ceux dont je parle. Peut-être qu’un jour l’intérêt humain, la volonté de ne pas blesser prendra le dessus. Pour l’instant j’ai trop besoin de ça. Je suis plus doué pour raconter ma vie que pour la vivre, alors je ne vais pas me retirer ça.

    Quel est votre rapport à l’imaginaire ? Où se situe-t-il dans votre travail ?

    J’essaie de trouver un univers imaginaire propre. Quand je suis saisi par mon imagination, que des images me viennent, je ne les utilise pas au premier degré, mais comme un matériau. Je me sers de ces pulsions de l’imaginaire pour nourrir une réflexion. Par exemple, quand je travaillais sur le livre que l’on vient de faire avec Fabrice Neaud et Philippe Squarzoni, j’étais très attiré par l’image des chevaliers. Plutôt que de pénétrer dans cet imaginaire et raconter une histoire de chevaliers, je me suis demandé d’où me venait cette envie de dessiner un chevalier, pourquoi elle me venait, et ce sont ces questions qui ont nourri mon travail.

    Y a-t-il des lectures, des univers qui vous ont marqué et qui vous ont donné l’envie d’écrire vos propres histoires ?

    Je vais très peu à la recherche des choses, j’en saisis beaucoup accidentellement. Les images qui reviennent le plus dans mon travail font partie de la culture populaire, collective, des images d’Epinal. Elles sont très fortes en sens et leur lecture est simple, immédiate. Elles permettent de créer des raccourcis qui donnent au lecteur une compréhension directe de ce qu’elles évoquent. En ce qui concerne la bande dessinée, j’en ai lu beaucoup étant enfant. J’ai été marqué par la lecture de Prince Vaillant, et je lisais beaucoup de BD d’aventure. Ces lectures font partie de moi, mais en grandissant, mes préoccupations ont changé. J’ai réalisé à quel point c’est dur d’affronter la réalité, de vivre sa vie. La bande dessinée parlait de choses qui ne concernaient plus ma vie. Et puis j’ai rencontré Loïc Nehou (Ego comme X). J’ai découvert Baudoin et surtout son livre Eloge de la poussière, et puis Robert Crumb, J.C. Menu, Chester Brown, avec I never liked you et The play boy, deux livres qui parlent de la fin de l’enfance, de la puberté [I never liked you et The play boy de Chester Brown sont édités en français par Les 400 coups sous les titres Je ne t’ai jamais aimé et Le play boy]. J’ai découvert une autre bande dessinée possible, au travers de laquelle je pourrais parler de ce qui me préoccupe, de mon rapport au monde.

    Vous parlez beaucoup de l’enfance, de l’adolescence. Ces périodes sont encore, d’une certaine manière, présentes en vous ?

    C’est encore là. L’impression, les sensations de cette période, ce rapport étrange au corps. Les adolescents luttent contre leur enfance, et les adultes qui dénigrent les adolescents suivent le même cheminement. Ils essaient de se débarrasser de leur propre adolescence, ou alors ils revivent tout cela de manière inconsciente. Je ne lutte pas contre mes réminiscences d’enfance, d’adolescence. Au contraire. Je trimballe mon adolescence dans un sac à dos.

    Propos recueillis à Angoulême, le 23 janvier 2004, Hélène Gaudy

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