Frédéric Boilet photographié par Laia Canada (2012)

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  • « Les vieilles lunes se couchent à l’Est »

    Article de Frédéric Boilet, en 2005


  • texte paru sur le site Boilet.net

    La bande dessinée japonaise adulte est en couverture du nº 2875 de Télérama du 19 février 2005. Le journal propose un bel article, Le manga se lève à l’ouest, que l’on peut actuellement lire sur le site de Télérama.

    Cet article de Stéphane JARNO me paraît très complet, très clair, mais appelle tout de même un commentaire : je regrette sa note finale, qui me semble jeter une ombre, en tous cas une confusion, sur l’idée d’une manga d’auteur.

    Je côtoie Jirô TANIGUCHI depuis plus de 14 ans, en tant qu’auteur (il a collaboré à Tôkyô est mon jardin), traducteur-adaptateur de ses œuvres (Quartier lointain, l’Orme du Caucase) et aujourd’hui son éditeur en France, en tant qu’ami tout simplement. Et je le connais assez maintenant pour savoir, comme le signale à juste titre l’article, que son souci premier est de toucher le plus grand nombre. Pour y parvenir, TANIGUCHI juge ainsi bon, d’un côté de publier presque exclusivement chez des éditeurs majeurs, de l’autre d’aligner parfois son travail sur des recettes, des stéréotypes censés ratisser large...
    TANIGUCHI est un artiste talentueux, tout cela il le fait souvent avec brio, et sa démarche, comme celles par exemple de COSEY ou PRATT pour la bande dessinée européenne, si elle ne quitte jamais l’industrie grand public, n’en reste pas moins globalement, qu’elle soit ou non appelée comme ça au Japon, une démarche d’« auteur ».
    Bien entendu, je conçois que ce point, tout comme l’appellation, puissent être sujets à discussion...
    Une chose en tous cas n’est pas discutable : contrairement à ce que pourrait laisser croire l’article, TANIGUCHI n’est pas représentatif de l’ensemble des auteurs japonais !

    Je ne sais pas pourquoi, en France, certains veulent absolument prétendre le contraire, mais le fait est que de nombreux mangaka ont, et revendiquent bel et bien, une véritable démarche d’auteur. Parmi eux d’ailleurs, la plupart de ceux que citent l’article : TSUGE, NANANAN, TAKAHAMA, que j’ai la chance de côtoyer également, ont toujours fait les albums qu’ils pensaient juste de faire, sans grande considération pour les modes, les goûts du public ou les conditions du marché.
    Leur audience est diverse. Les tirages des ouvrages de Kan TAKAHAMA sont encore modestes au Japon, ceux de TSUGE et NANANAN sont très importants (au passage, sans doute supérieurs à ceux de TANIGUCHI !).
    Je ne sais pas si les propos de Benoît MAURER, fondateur des éditions IMHO et directeur de la collection Manga chez J’ai lu, ont été correctement reportés, mais en s’appuyant sur la rengaine d’une bande dessinée d’auteur forcément perçue comme « intello » ou « illisible », pour arriver à la conclusion, compte tenu de sa large audience et de sa lisibilité, que la manga d’auteur n’existe pas, il ne fait que prendre, à je ne sais quel dessein, les choses dans le mauvais sens.
    Pour ma part, il me semble tellement plus intéressant de souligner l’inverse ! En touchant le plus grand nombre au Japon (mais aussi en France : l’Homme sans talent de TSUGE est à ce jour en tête des ventes des éditions Ego comme X, tout comme Blue de NANANAN pour Sakka !), chez des éditeurs aussi bien alternatifs que majeurs, TSUGE ou NANANAN ne font qu’une bouchée des vieilles lunes : non, les albums d’auteur ne sont pas illisibles, et non, la démarche d’auteur n’est pas une démarche élitiste !

    Frédéric BOILET
    Tôkyô, le 20 février 2005

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