Frédéric Boilet photographié par Laia Canada (2012)

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  • La Nouvelle Manga en 2007

    Article de l’auteur, en 2006


  • Paru sur le site Boilet.net

    On distingue trois grands marchés de la bande dessinée dans le monde, au Japon, aux États-Unis et en France, chacun d’eux représentant un « genre », la « manga », les « comics » et la « BD ».
    Basée sur l’origine géographique et divers critères commerciaux, cette catégorisation s’explique en partie par des raisons historiques (jusqu’au milieu des années 80, les trois marchés ont évolué séparément, sans pratiquement jamais se croiser), et n’est à ma connaissance appliquée à aucun autre moyen d’expression. La peinture, le roman, l’art contemporain, le cinéma sont d’emblée considérés comme universels. Même écrasante, la production cinématographique d’Hollywood n’est pas confondue avec un genre figé qui serait baptisé « movie » et prétendrait définir une fois pour toutes le « cinéma américain » dans son ensemble.

    En bande dessinée, c’est pourtant en comparant leur production la plus mercantile que l’on a défini manga, comics et BD.
    Elles s’y prêtaient peut-être aisément : quand elles sont commerciales, les bandes dessinées japonaise, américaine et française accumulent, tant au niveau du scénario que du dessin, recettes, stéréotypes et références nostalgiques faciles à identifier et répertorier. Dans ce cloisonnement, manga, comics et BD ont fini par s’opposer au point de diviser leur lectorat : en France, fans de manga et fans de BD sont encore prompts à dresser les deux « genres » l’un contre l’autre.

    Mais dès que l’on quitte l’industrie du « divertissement » et que l’on observe la bande dessinée d’auteur, une bande dessinée tout simplement plus adulte et plus audacieuse, les différences s’aplanissent tout à fait : alors que bien des séries formatées et ciblées n’attirent que les fans respectifs de manga, comics ou BD, familiers, nostalgiques des codes et des tics du « genre », les albums novateurs et tout en finesse de la Japonaise Kiriko Nananan (Blue), de l’Américain Adrian Tomine (Blonde Platine) ou du Français Fabrice Neaud (Journal) semblent pouvoir être lus, d’emblée compris et appréciés aussi bien par les amateurs de manga que par ceux de comics ou de BD, aussi bien par les spécialistes que par les néophytes, aussi bien par les Européens que par les Américains ou les Japonais.

    En réalité, la frontière qui sépare bande dessinée commerciale et bande dessinée d’auteur paraît plus nette que celle qui diviserait manga, comics et BD. C’est cette connivence, la conscience de l’universalité de la bande dessinée d’auteur, que cherche à exprimer l’initiative Nouvelle Manga.

    Imaginée en 1999 par Kiyoshi Kusumi, rédacteur-en-chef du mensuel d’art Bijutsu Techô, l’appellation « Manga Nouvelle Vague » - rapidement raccourcie en « Nouvelle Manga » - a désigné un temps mes propres bandes dessinées, perçues graphiquement comme proches de la BD, mais se lisant comme une manga, et rappelant, aux yeux des Japonais, le ton du cinéma français.
    Lancée officiellement avec le manifeste paru sur mon site internet en août 2001, puis l’événement organisé à Tôkyô l’automne suivant, la Nouvelle Manga est aujourd’hui plus largement une initiative d’auteurs qui cherche, en créant des ponts entre les créateurs, les éditeurs et les lecteurs de toutes origines, à promouvoir une bande dessinée universelle, à présenter ce que manga, comics et BD ont de meilleur et non pas seulement de vendeur, ceci plutôt dans le registre universel du quotidien, autobiographique, documentaire ou fictionnel.

    « Nouvelle Manga » est aussi désormais un label que se partagent plusieurs éditeurs dans le monde, Casterman, Ego comme X, Les Impressions Nouvelles en France, Akashi Shoten, Asukashinsha, Ohta Shuppan au Japon, Ponent Mon en Espagne, Fanfare au Royaume-Uni et aux États-Unis, Coconino Press en Italie, Dala Publishing à Taïwan, Casa 21, Conrad Editora au Brésil, pour publier, indépendamment des origines géographiques et des questions de « genre », les créations ou les traductions du meilleur de la bande dessinée internationale, des livres de maîtres reconnus comme Emmanuel Guibert et Jirô Taniguchi à ceux de jeunes auteurs comme la Française Aurélia Aurita ou le Japonais Little Fish.

    Frédéric Boilet
    Tôkyô, le 9 mars 2006

    Texte actualisé le12 août 2007
    pour les expositions Nouvelle Manga à Belo Horizonte et à Barcelone

    Des premières versions de ce texte sont parues
    au Japon dans le trimestriel Art It, nº 4, « MangArt », été 2004
    et en France dans Art Press nº 26, « Spécial Bande d’Auteurs », octobre 2005

    © 2007 Frédéric Boilet
    Toute reproduction de ce texte, même partielle,
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