Pierre Druilhe photographié par Fabrice Poincelet

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  • A propos de Welcome to America

    Entretien pour La dépêche, en 2008


  • entretien publié sur le site ladepeche.fr

    Cofondateur des Requins Marteaux et ex-élève aux Beaux-Arts de Toulouse, Pierre Druilhe est l’une des plus respectables icônes de la bande dessinée indépendante. Après avoir pastiché les séries populaires de son enfance (Pif, Mickey…) à travers son héros déglingué Monsieur Pabo, il adopte un ton plus grave en même temps qu’un trait inédit dans « Welcome to America », le récit de l’un de ses voyages à Philadelphie, où il ne se passe strictement rien. L’éloge de la lenteur d’un piéton européen, égaré au milieu des perspectives et des immeubles US. Entretien.

    Votre voyage aux Etats-Unis remonte à dix ans. Pourquoi ce livre maintenant ?

    À l’origine j’étais en contact avec un éditeur américain à qui j’avais soumis une première histoire. Puis j’ai proposé le livre à l’éditeur français ego comme x. J’ai commencé fin 2001 et j’ai terminé fin 2006. Le projet a mis cinq ans avant d’aboutir. J’ai pas mal attendu. Ego vient de publier le livre mais il est déjà terminé depuis deux ans.

    Que vouliez-vous raconter ?

    Ce que l’on peut raconter lorsqu’il ne se passe rien. J’étais là-bas comme un touriste décalé, nourri de toutes les impressions que l’on peut avoir, depuis la France, sur les Etats-Unis. Avec les séries télé ou le cinéma, on a le sentiment que l’on sait déjà tout des Etats-Unis. Je suis donc resté sur cette idée à la fois superficielle et assumée. Les Etats-Unis ont le chic pour te vendre du rien : à Philadephie, on te fait visiter une table et quatre chaises pour l’endroit où a vécu Edgar Poe ; et au musée archéologique local, ils exposent un pot de moutarde. Dans « Welcome in America », j’ai joué sur le rythme, c’est très contemplatif. On peut le voir comme un pied-de-nez à la BD classique qui castagne ou qui parle beaucoup. Les rues américaines, ce sont des angles droits, des perspectives. C’est comme ça que je l’ai ressenti.

    Le livre s’achève sur un voyage que vous deviez faire avec un collectif d’artistes à Izmit, en Turquie, une ville rasée par un séisme…

    Izmit, ce sera la suite. Je suis arrivé en Turquie un mois après le tremblement de terre. À Philadelphie il y avait de grands immeubles, là c’étaient des mille-feuilles ; aux États-Unis on exhume des pots de moutarde, là c’étaient des ruines byzantines. Mais le plus incongru, c’était notre présence. On faisait les clowns et en même temps, à côté de nous, un gars revenait tous les jours sur les lieux où il avait perdu sa femme et sa fille. Je n’aime pas trop la BD autobiographique où l’auteur ne prend pas position. À Izmit, beaucoup de choses ne m’ont pas plu. Comme ces artistes de théâtre que j’accompagnais, qui étaient là au milieu de gens qui ont tout perdu. Ils avaient improvisé un spectacle dans une piscine abandonnée, sans se rendre compte qu’ils renvoyaient l’image d’un tombeau !

    Propos recueillis par Sébastien Marti

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