Frédéric Boilet photographié par Laia Canada (2012)

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  • A propos de la réédition de Love Hotel

    Entretien paru dans le catalogue Ego comme x, en 2005


  • ECX : Après 36 15 Alexia, nous nous apprêtons à rééditer Love Hotel. Quel effet cela vous fait-il de voir ces albums remis en avant par ego comme x ?

    Pour Benoît Peeters comme pour moi, c’est évidemment un grand bonheur. Ça l’est peut-être un peu différemment pour moi, car se confirme aussi, avec cette réédition, un intérêt sincère d’ego comme x pour l’ensemble de mon travail, qu’il soit passé ou à venir. Loïc Néhou a autrefois été mon étudiant à l’atelier BD des Beaux-Arts d’Angoulême, il est aujourd’hui mon éditeur le plus fidèle, le plus attentionné, et ce clin d’oeil du destin est pour moi d’une douceur extrême.
    Au delà de mes propres albums, ego comme x semble vouloir désormais compléter sa démarche éditoriale de création par une autre de réédition, et je ne peux que l’y encourager.
    Je n’ai jamais très bien compris, ni accepté, cette prime de principe donnée à la “nouveauté”, comme si un album de BD, un film, un roman, parce qu’il était nouveau était de fait plus intéressant, plus indispensable que d’autres œuvres moins récentes. C’est le sentiment que l’on a dans n’importe quelle librairie, quand on voit les piles d’albums mis en avant dès l’entrée, sous le prétexte paresseux, et pour moi soporifique, qu’ils “viennent de paraître” ! Après le succès commercial, la “nouveauté” arrive en second dans les arguments promotionnels d’une librairie ou d’un cinéma. Pourtant, si tout le monde est à peu près conscient que les qualités réelles d’une œuvre ont rarement de rapport avec l’un, on oublie souvent qu’elles en ont encore moins avec l’autre !

    ECX : Quel a été le déclic qui vous a amené du Rayon vert à 36 15 Alexia et de 36 15 Alexia à Love Hotel, en somme de vous tourner définitivement vers l’intime ?

    Je ne pense pas que mes albums soient tournés vers « l’intime ». Je ne cherche pas à décrire ce qu’il y aurait au plus profond de moi, encore moins au plus profond de l’autre, et pense rester le plus souvent, à dessein, nettement plus en surface. En ce sens, je n’ai pas le sentiment que l’Épinard de Yukiko, par exemple, soit un ouvrage “intime”. Avec cet album, j’ai simplement cherché à restituer des attitudes, des situations, voire des apparences… Que sait-on finalement des motivations profondes des personnages ? Peu de choses, il me semble. Au “pourquoi” (le mangaka aime Yukiko, Yukiko aime le mangaka, Yukiko aime aussi le rival, Yukiko préfère finalement le rival), j’ai plutôt essayer de saisir le “comment”.
    Et c’est déjà suffisamment présomptueux ! Tenter de n’approcher ne serait-ce que cette “surface des choses” me semble en soi une quête déjà si compliquée, si infinie, qu’il y aurait pour moi une sorte de trivialité, un orgueil, à prétendre aller plus loin.
    Pour dire les choses d’une autre manière, je ne suis pas le sujet de l’Épinard de Yukiko. Un acteur qui me ressemble participe certes à l’histoire, il y est impliqué, mais il n’est qu’un acteur. Et en plus, c’est un second rôle !
    Si mes albums se sont tournés à un moment dans une direction, plutôt que vers l’intime ou l’autobiographie, je dirais que c’est vers le quotidien et une transposition de ce quotidien.
    Il n’y a pas eu véritablement de déclic, les choses se sont faites comme ça, au fil des ans. La bande dessinée m’avait toujours semblé un moyen d’expression idéal pour restituer le quotidien. Très peu d’albums publiés en France dans les années 80 s’y intéressaient. Je me suis donc tout bêtement mis au boulot.

    ECX : L’Épinard de Yukiko a été perçu par la critique comme votre œuvre la plus radicale, que sera votre nouveau projet pour ego comme x ?

    Ah ! “Radical” ! Encore un mot qui me laisse perplexe ! Julien Bastide avait lui aussi utilisé cet adjectif pour qualifier plus globalement ma démarche, je crois dans une question de l’entretien paru dans Artistes de bande dessinée, et à l’époque ça m’avait déjà surpris !
    Mes albums sont-ils vraiment “radicaux” (en passant, quelle vilaine sonorité !) ? Je ne me sens pourtant pas “radical”. Je cherche tout juste à être honnête. Avec mes lecteurs, avec mon éditeur, avec mes modèles, avec moi-même. Cette honnêteté est pour moi une forme de respect, et comme je le dis souvent, la moindre des politesses. Je ne pense pas que l’honnêteté, le respect, aient grand chose à voir avec la “radicalité”. Ou alors, dans quel monde vit-on !
    Concernant mes projets, une idée, une envie, est en germe depuis plusieurs mois déjà. L’album s’intitule Une après-midi avec Neri et serait le prolongement de l’histoire courte en couleurs parue l’année dernière dans le BAM hors-série sur la BD…
    Un second projet est né tout récemment. Il a déjà son titre, me passionne terriblement, mais je dois malheureusement le garder secret !
    Plus généralement, mes nouvelles activités de directeur de la collection Sakka pour Casterman me prennent l’essentiel de mon temps et de mon énergie, et c’est un sérieux coup de frein à mes créations. Je ne saurais dire lequel de mes deux projets d’auteur verra le jour en premier, ni quand, mais ce que je peux assurer, c’est qu’il sera pour ego comme x (sauf si Loïc n’en voulait finalement pas, bien sûr) !
    Et il ne sera pas “radical” ! Comptez seulement sur moi pour faire de mon mieux pour qu’il soit honnête et respectueux. Entre un auteur, son éditeur et leurs lecteurs, je crois beaucoup aux vertus de cette politesse.

  • Les livres de

  • TÔKYÔ EST MON JARDIN
  • coffret LOVE HOTEL / TÔKYÔ EST MON JARDIN
  • ELLES
  • LOVE HOTEL
  • 36 15 ALEXIA
  • EGO COMME X n°8
  • L’ÉPINARD DE YUKIKO



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