Simon Hureau photographié par Fabrice Poincelet

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  • A propos de Palaces

    Entretien pour Livre/échange, en 2003


  • Livre/échange : Les dessins et croquis pris sur le moment de votre voyage au Cambodge étaient-ils, dès le départ, destinés à être publiés ? Ou le projet de Palaces a-t-il pris forme plus tard ?

    Simon Hureau : Je suis parti avec un grand carnet et du matériel, une grande curiosité et toutes sortes de pulsions graphiques. J’avais la vague idée que si je revenais chargé de dessins je pourrais toujours aller voir les éditeurs de carnets de voyage au retour mais le vol du-dit carnet a réglé la question. En revanche, certains moments ou endroits m’ont tant marqué que j’ai ressenti une fois en France le besoin de revenir dessus. Après quelques tentatives de dessins de mémoire, c’est la bande dessinée qui s’est imposée comme seule voie pour revivre et faire sentir le Cambodge.

    « L’image parfaite... Déjà finie, mais c’est de ça qu’il faut se souvenir » peut-on lire dans Palaces. Qu’est-ce qui fait que vous prenez votre crayon devant tel lieu ou telle scène ?

    Le choix de ce que je vais dessiner est entièrement voué au hasard. Mes yeux tomberont sur une scène qui me parlera fortement, je ne cherche rien. Ce qui guide ma marche curieuse sera un sentiment qui me viendra d’une rue plutôt qu’une autre. Garder les yeux ouverts, être réceptif. Aucun sujet précis n’est susceptible plus qu’un autre de me parler. Je marche en guettant le coup de foudre.

    Comment avez-vous procédé suite à la perte de votre carnet de croquis pour restituer votre voyage au Cambodge ?

    C’était un vrai défi. Je n’avais que peu de photos et juste un livre peu illustré sur Angkor. Pour certains sites précis comme Bokor et Angkor, ces deux outils se sont révélés indispensables : on n’improvise pas des architectures aussi spécifiques. Tout le reste, l’essentiel, s’est fait de mémoire et si la perte de mon carnet m’a handicapé, ce que l’on dessine avec passion laisse toujours une empreinte indélébile, même si le croquis disparaît. Le souvenir est moins précis que l’image perdue, mais le caractère, l’essence du sujet, est là.

    Palaces alterne humour et tragédie. Comment s’est fait le choix des scènes et des lieux restitués dans Palaces ?

    Les moments les plus marquants du voyage étaient nocturnes et ceux que j’ai conservés étaient ceux qui pouvaient être architecturés en récit, tout en me permettant de parler du Cambodge et de développer des atmosphères. Et ce thème de la nuit s’est imposé tout seul - malgré des débordements diurnes - comme le lien entre ces histoires. Ainsi se chevauchent humour et tragédie au rythme de ces expériences initiatiques et farfelues, dans un pays martyr et convalescent.

    Vous accordez une grande attention à l’architecture, aux insectes... Mais le plus difficile à rendre sur le dessin n’était-il pas l’atmosphère oppressante dont vous parlez à plusieurs reprises, la lourdeur du passé de ce pays ?

    J’ai le sentiment que l’atmosphère est le sujet-même du livre. Il est vrai que j’ai rarement ressenti d’aussi fortes atmosphères que là-bas. Elles sont le produit de l’histoire du pays. Où que l’on soit au Cambodge, flotte cette ambiance lourde qui, au delà du génocide, s’illustre par la pauvreté, le sida, les mines, la corruption et la violence. Loin du cours d’histoire, il s’agissait pour moi de faire sentir cette douleur comme le voyageur la ressent. Par le biais de l’anecdote, c’est ce qui a le plus motivé mon travail, c’était même l’unique ambition de certaines de ces sept histoires.

    Propos recueillis par Nathalie Colleville dans la revue Livre/échange en 2003.

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  • COLOMBE ET LA HORDE
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