Gabriel Dumoulin photographié par Aurélie Pétrel

Partager Partager URL doc
  • A propos de Mon meilleur ami

    Entretien en cours de travail, en juin 2008


  • Entretien à l’occasion d’une invitation lancée à Gabriel Dumoulin par Leslie Amine, artiste plasticienne, à participer au dispositif d’exposition Tout-En-Cours où des artistes, par le choix d’une pièce et d’un lieu, montrent leur travail en cours. Pour expliquer son travail de bande dessinée alors en cours sur Mon meilleur ami, Gabriel Dumoulin avait choisi de montrer une vidéo.

    Gabriel Samson : Nous venons de regarder ensemble ta vidéo ainsi que les planches de ton projet de bande dessinée. Je suis surpris par le format percutant de ta vidéo, une forme extrêmement courte et brute qu’on a plus l’habitude de voir sur youtube. Qu’est ce qui t’a poussé à répondre de cette manière à l’invitation de Tout-EN-cours ?

    Gabriel Dumoulin : On m’a d’abord invité à produire un dessin au mur, avec l’intention, je suppose de confronter l’auteur de bd que je suis à une autre échelle. Mais j’avais une sensation de redite, que seule la taille changerait mais pas les enjeux du dessin. Il m’a semblé plus pertinent de me montrer au travail et d’assumer cet événement filmé comme une pièce. Je crois que c’est possible ici car je sais que la vidéo sera accompagnée de cette interview, de mes planches, de ma présence. J’ai du mal à juger de son autonomie. Bien que je l’expose seule, elle est lisible dans un ensemble.

    Justement, peux-tu remettre cette vidéo dans le contexte de ton projet dessiné en cours ?

    Actuellement, je dessine presque exclusivement d’après photo. J’ai quelque chose à raconter ; j’écris une trame ; je la découpe en case. Puis je vais chercher le matériau visuel en adéquation avec la participation de membres de mon entourage, soit qu’ils sont les protagonistes réels du récit, soit qu’ils l’incarnent au plus près. Dans cette vidéo, je voulais collecter des vues pour une scène de champs-contrechamps à table. Cette scène n’est toujours pas dessinée car j’essuie ce refus qui est le sujet du film. Mon modèle veut bien être dessiné mais pas filmé. Dans la relation que j’instaure avec mes modèles, il est intéressant de voir une certaine défiance vis-à-vis de la captation filmée et paradoxalement, la confiance accordée au dessin. En passant par le filtre du dessin, le modèle ne s’identifie plus au personnage. Je peux ensuite lui faire dire ce que je veux.

    Que leur fais-tu dire ?

    Le sujet de ma future BD est l’amitié à l’épreuve de la rupture. Ça fait un peu con dit comme ça. C’est un vaste collage d’anecdotes observées et vécues. Je suis moi-même un personnage de cette histoire. Il y a beaucoup de dialogues. La taille du texte dans une bulle n’est pas une contrainte ; j’essaye d’être juste dans l’observation et cherche à être concis… c’est ce que j’aime et peux trouver dans les ouvrages du nouvelliste Raymond Carver par exemple... je ne suis pas vraiment en quête d’efficacité stylistique ; je fais des copier-coller de propos entendus et reportés dans mes carnets que je recompose ensuite. C’est une écriture du montage à tous les niveaux.

    Qu’apporte la photographie et la vidéo à ton dessin hormis un effet de réalisme en cohérence avec l’auto-fiction ?

    J’arrive à être plus précis, à toucher des émotions plus fines. Avec l’année de la chèvre, mon précédent ouvrage, j’étais plus proche du strip : le mode de représentation et de narration était plus simple. J’avais une histoire à raconter avec un minimum de moyens et d’effets. Maintenant, les observations audiovisuelles me permettent de choisir parmi de multiples photogrammes l’expression ou la posture qui me parait la plus juste et non de la présupposer, d’en donner une expression moyenne, statistique, commune, attendue. Cela m’évite aussi d’être trop littéral dans la relation texte-image propre à la BD. Je m’autorise à étirer une idée, développer les dialogues, aménager des pauses avec des cases sans bulles. Certaines planches dessinent des mouvements de caméra.

    Comment analyses-tu les rapports entre bande-dessinée et art plastique ?

    Je ne suis pas spécialiste de la question. De mon côté, j’ai autant d’affinités avec des plasticiens qu’avec des auteurs de bande-dessinée. J’observe juste que de plus en plus de dessinateurs ont une réelle démarche d’auteur et interrogent leur médium. Parallèlement, certains artistes intègrent la bande-dessinée dans leur boite à outil interdisciplinaire ou s’en réclament. Ce n’est pas récent. Par contre, la BD est toujours un peu considérée comme un art mineur, ce qui finalement laisse tout le champ à un travail d’auteur libéré du « sérieux », du concept. Je travaille essentiellement avec des percepts. Je sélectionne des événements dans le réel. De même dans la vidéo, je prélève une tranche de ma vie en tant qu’auteur de bd, un accident aux qualités humoristiques sur lequel j’opère un geste minimal : 2 coupes, 2 ellipses, 3 cases en somme. Puis un autre geste : sa diffusion.

    (Gabriel Dumoulin fait réchauffer du café au micro-ondes. Nous nous retrouvons sur le balcon où je fume une cigarette. Il fait beau et très chaud.)

    C’est une de tes ex dans la vidéo ?

    C’est ma future. Tu ne mets pas ça dans l’interview s’il te plaît... dis plutôt que c’est une amie proche.
    Il y a effectivement un enjeu supplémentaire à dessiner les gens que l’on connait, que l’on aime. Quand je lui propose de la dessiner, j’affirme que je l’apprécie, que je l’aime. Il y a une part de séduction sans doute, et de fanfaronnade, c’est sûr…

    C’est un peu impudique de diffuser cette vidéo qu’elle refuse, non ? Est-elle au courant ? Son « droit à l’image » t’importe t-il ?

    Finalement, cette vidéo en dit plus sur moi que sur elle. Son refus me déstabilise et m’oblige à sortir de ma réserve, à justifier du professionnalisme de ma démarche par des affirmations autoritaires, d’auteur. Quelquefois, on en dit plus sur soi à filmer qu’à être filmé. Derrière la caméra, on oublie de jouer un rôle. Et pour moi, dessiner, peindre ou filmer, c’est toujours une construction plastique. C’est pour ça que le droit à l’image, c’est un peu de la connerie.

    Ça me rappelle mes premiers cours de dessin de nu aux beaux-arts. Notre enseignant nous disait que l’on dessinait toujours une image de soi. C’est pour cela que l’on commence par dessiner des têtes trop grosses et les garçons avec des sexes disproportionnés.

    Dans « l’année de la chèvre », je me suis dessiné un gros sexe...ça m’a valu beaucoup de questions…

    Bref, cette première diffusion d’une vidéo te donne t-elle envie de produire des films à l’avenir ?

    J’ai une caméra donc je filme. Si il y a événement et que sa diffusion a un intérêt alors il y aura un film. C’est aussi simple que cela.
    Ça me plaît de découvrir comme cette vidéo est si proche de mes bd dans le ton. Ces deux médiums ne sont pas étranger l’un à l’autre mais ils sont spécifiques. Cette vidéo dit quelque chose que je n’aurai pas pu traiter en bd.

  • Les livres de

  • MON MEILLEUR AMI



  • Autres propos:
    > A propos de Mon meilleur ami