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  • A propos de Purulence (2)

    Entretien pour POZ, en novembre 2010


  • Interview par Franck Villard pour la revue POZ de l’observatoire zététique

    À sept ans, un évènement va provoquer le déclic à l’origine de votre sortie de la secte, pouvez-vous nous en parler ?

    Je n’aime pas cette idée de « déclic magique », ça a été un processus dans le temps, avant et après la scène en question. Disons que ça a été un point culminant. Je subis une escalade de violences qui vient se cristalliser pour moi à ce moment-là, où je vois mon beau-père pointer un couteau de cuisine sur le ventre de ma mère enceinte. Je me disais déjà qu’on pouvait peut-être vivre autrement, faire d’autres choix de vie, et concevoir l’identité sexuelle autrement que ce que l’on me proposait. J’ai certainement dû croiser des gens qui sont venus étayer cette pensée (par leur façon d’être). Et lors de cette scène, le choix de ma mère devient indéfendable... plus rien ne tient. Je m’autorise donc la capacité de penser autrement, et d’envisager autre chose pour moi.

    Malgré cet évènement marquant, vous restez encore de longues années chez les Enfants de Dieu. Bien sûr, on ne sort pas du jour au lendemain d’un tel mouvement, surtout quand on y est né. On peut imaginer la difficulté à déconstruire ce système de pensée. Comment avez-vous réussi à vous extraire totalement de l’emprise sectaire ?

    Les processus de pensée, de maturation ne sont ni immédiats, ni magiques, ni mathématiques, et encore moins visibles de l’extérieur. Alors que le doute était diabolisé, ce doute même m’a sauvée. Mais je pense que mes doutes sont nés d’une dichotomie entre mes sensations d’enfant et les faits enrobés de discours. J’ai intensément observé le monde, la société de loin, puis lorsque j’ai grandi et été scolarisée, j’ai pu m’instruire un peu et m’informer sur les ressorts de ce monde, ses valeurs diverses. Mon expérience avec lui n’a pas non plus été idéale, ce qui a renforcé la ségrégation négative introjectée par la secte.
    La vie dans une secte est basée sur l’intrusion physique et psychique, ainsi que le déni de souffrance. Se réapproprier un espace psychique de pensée, de corporalité avec ses sensations, revenir à l’égo en somme, est une des bases à renforcer. Dans la secte, vous n’êtes que conscience collective, comme une fourmi. Puis, surtout pour des « secondes générations » (nées dans une secte), accepter le facteur temps, et construire une réalité beaucoup plus prégnante que la précédente est un défi. La banalité du quotidien peut-être mortifère pour nous.

    Les pratiques des Enfants de Dieu que vous décrivez dans votre livre (viols, prostitution, actes de pédophilie…) ne sont pas des pratiques marginales ; elles ne sont pas l’œuvre d’individus déviants isolés, mais sont, au contraire, directement induites par la doctrine et dictées par le gourou David Berg. Vous confirmez ?

    La doctrine du gourou enseignait la stimulation sexuelle des bébés, et petits enfants, pour qu’ils s’habituent aux pratiques, afin de « servir le Seigneur » et de « donner de l’Amour ». Littérature à l’appui, chacun devait non seulement accepter d’offrir ses enfants, sa compagne, mais également de pratiquer sur d’autres, afin d’échapper à une mise au banc du groupe. Bien sûr, certains dévoilaient des penchants plus prononcés pour telle ou telle pratique. D’autres n’étaient pas trop sensibles au sexe en général, et acceptaient l’exercice pour la forme, par mimétisme. Le cadre offert par la structure de la secte et de ses enseignements a été révélateur pour certains et a attiré des individus friands de chair fraîche… adulte ou pas.

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