Loïc Néhou photographié par Alberto Bocos Gil en 2010.

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  • A propos de Essai de sentimentalisme

    Entretien pour The glam attitude, en 2011


  • Par Sandrine Gras.

    Les éditions Ego comme x ont toujours fait de l’autobiographie leur sujet de prédilection. Le directeur des éditions, Loïc Néhou, n’a pas dérogé à la règle, puisqu’il a lui aussi publié ses confessions, qu’il nous a (entre autres) présentées lors du 38e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (...)
    Essai de sentimentalisme est un recueil d’extraits du journal intime de Loïc Néhou, dessinés par Frédéric Poincelet… Et, c’est son cœur tout entier qu’on peut lire dans cette bande dessinée tout à fait à part.

    Pourquoi avez-vous choisi Frédéric Poincelet pour illustrer votre journal intime ?

    En fait, ça ne s’est pas passé de cette façon : j’étais l’éditeur de Frédéric Poincelet, et un jour il m’a dit « j’aimerais que tu me donnes des pages de ton journal pour en faire un livre »

    Et c’est un style d’illustration qui correspondait justement à votre journal ?

    Je dessine moi-même, et j’ai publié des récits, mais disons que ça m’intéressait… d’être trahi par lui ! C’était un excellent ami et un auteur confirmé, pour qui j’avais beaucoup de respect et ça me faisait plaisir de faire ça pour lui. S’il ne m’y avait pas poussé, je ne l’aurais sans doute pas fait.

    Est-ce que c’était votre choix, de faire ce paradoxe entre le texte plutôt doux, et les images plutôt crues ?

    Ça, c’était un petit jeu entre Frédéric et moi : moi je lui fournissais le texte brut, et je lui laissais la liberté de l’adapter comme il le voudrait. C’est lui qui a choisi d’inclure ce décalage entre le texte et les images… Mais je savais qu’il allait faire ça, c’est pour ça que c’était intéressant de le laisser faire, et de voir comment il allait me trahir. Parce qu’effectivement, mes textes sont assez sentimentaux, et dans les images il se moque de moi, souvent il ne me dessine pas très bien, mais c’était aussi une manière de voir jusqu’où on pouvait aller : j’allais de plus en plus loin dans mes récits et il allait de plus en plus loin dans ses illustrations… Mais c’est aussi ce qui fait l’intérêt du livre, je pense.

    Comment avez-vous construit votre parcours ? Vous avez commencé par la BD, puis l’édition ?

    En fait, j’étais étudiant à Angoulême, et je dessinais des bandes dessinées, et avec mes amis nous avons eu envie de faire une revue qui s’appelait Ego comme X, qui a donné la maison d’édition, et dont je me suis occupé dès le début… En fait, je n’avais pas spécialement le désir de devenir éditeur, mais un ami avait écrit un livre qu’aucune maison d’édition ne voulait publier, et je trouvais plus que dommage qu’un livre pareil ne soit pas publié, alors je suis devenu moi-même éditeur.

    Raconter des choses personnelles, c’était plus une envie ou un besoin pour vous ?

    En tant que lecteur, je ne peux presque uniquement lire que des récits, des journaux intimes, des correspondances etc.… Et la fiction en littérature ne m’intéresse pas…

    Pour quelles raisons ?

    Parce que, en tant que lecteur, j’ai besoin que quelqu’un partage quelque chose avec moi. Je n’aime pas qu’on me raconte des histoires, dans les deux sens du terme. J’aime sentir qu’il y a un être humain qui a vécu derrière les pages que je lis… A l’adolescence, notamment, on cherche des réponses, et c’est important que quelqu’un avant vous ait traversé les mêmes choses et vous aide à comprendre comment il les a traversées… Que chacun ne reste pas avec sa propre expérience et qu’elle puisse servir aux autres. Si chacun transmettait un peu, peut-être qu’il y aurait moins de méfaits, et c’est le défaut de souvenir qui fait qu’il y a un certain nombre de choses très graves qui se passent dans le monde.

    Et est-ce que tous les auteurs que vous publiez ont ce même besoin, cette même envie de transmettre ?

    Je pense qu’il y a un besoin de s’exprimer. Quand on fait de l’autobiographie, c’est un peu comme si on écrivait une lettre à son meilleur ami, pour lui confier des choses qu’on n’ose pas dire à d’autres. Je trouve ça généreux, c’est s’exposer, c’est prendre des risques et c’est désintéressé et pas prétentieux, comme beaucoup de monde le pense. Parce qu’il est bien moins prétentieux de dire « Je ne connais pas grand-chose, mais la petite chose que je connais, c’est moi, et je peux en parler » que d’écrire des sagas entières et de tout inventer sur des personnages dont on ne sait rien…

    Entretien paru sur le site The glam attitude

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