• L’AUTODOMESTICATION

  • Format 12 X 19 cm
    80 pages
    ISBN 978-2-9109-4685-2

  • publication : 7 novembre 2012

  • Indisponible

    Partager Partager URL doc
    Saura-t-on jamais si l’auteur de ce livre a vraiment gagné au Loto ?
    Pour le connaître un peu, je peux confirmer que Laurent Weber part parfois travailler sur des tournages. Parfois pas... Celui-ci a bien deux enfants. Il habite bien près d’une prison et sa mère, a bien eu un accident de voiture.
    Hum... Alors qu’est-ce qui peut bien clocher dans ce “récit”, qui ne serait donc pas une “autofiction” ?
    On peut toujours essayer de lui demander, mais il ne répond jamais correctement à rien !

    EXTRAIT :

    « Vous avez quatre nouveaux messages. »
    Le premier, c’est ma mère qui est à Royan et qui ne sait pas quel carrelage choisir pour le petit appartement. Le deuxième, mon ex-femme qui veut savoir si j’ai bien payé la cantine des enfants. Et les deux autres, c’est Véronique, qui s’inquiète de ne pas m’avoir vu au travail.
    Je ne l’ai pas encore prévenue.
    Par lâcheté, j’ai calculé la date exacte de sa mort. Et comme elle fume beaucoup plus que moi et qu’elle est d’une nature plutôt pessimiste, elle est annoncée le 27 mars 2042. Elle aura 73 ans.

    A mon tour, j’ai consciencieusement rempli le questionnaire. J’ai vu que je n’étais pas en surcharge pondérale. Que je ne buvais pas assez d’eau. Ne faisais pas assez de sport. Fumais plus de cinq cigarettes par semaine. Ne passais pas plus d’une heure par jour dans ma voiture. Avais un métier relativement stressant. Et que j’étais de nature plutôt optimiste. Du coup, si je n’ai pas d’accident, je devrais mourir le 20 novembre 2061. Ce sera un dimanche. J’aurai 90 ans. Tout rond et dix-neuf ans de veuvage.

    *

    J’ai faim. Mal dormi. Envie d’un tartare de bœuf.
    J’étais descendu chercher des timbres au tabac. Après, je devais passer au supermarché en bas de l’appartement…

    J’ai pris les timbres, je suis rentré dans le supermarché. J’ai machinalement acheté des œufs, des lardons et une belle salade.

    Je sais que beaucoup de gens ont eu des problèmes avec tout cet argent. Alors je dois faire attention. Ne rien dire à personne. Silence radio. « Bonjour, je suis désolé. Je ne suis pas là pour le moment, je viens de me scotcher des bâtons de dynamite autour de la taille et je me dirige vers l’aéroport. Aussi, il est inutile de me laisser un message après le boum. »

    À la télévision, on me parle d’une peinture qui représente la Fatalité, assise à une table et jouant avec des billes de verre.
    Je peux voir une bougie, un crâne, des fruits pourris et des feuilles de papier sur lesquelles semblent inscrites des listes ou des inventaires.
    On me dit que c’est une allégorie.
    Que les petites billes de verres symbolisent nos vies et que la Fatalité s’amuse, pour passer le temps, à les jeter en l’air.
    Certaines, en retombant sur la table, se brisent.
    D’autres, rebondissent, s’entrechoquent, roulent ou se perdent dans la pièce.

    Personne ne sait qui a gagné les 19 millions d’euros à Romilly. Un quinquagénaire qui est passé prendre un billet avec ses petits enfants ? La buraliste, nous raconte simplement qu’elle n’en revenait pas. Qu’elle a fait un bond derrière son comptoir, lorsque La Française des Jeux l’a appelée.

    Je viens de prendre une douche. Je me suis rasé. J’ai mis mon vieux sweat déchiré et mon pantalon de survêt, bleu marine. C’est ma tenue d’intérieur, mon scaphandre, lorsque je suis malade. Fiévreux. Ou lorsque je dois terminer un boulot dans la nuit. Mes grosses chaussettes m’isolent du parquet.
    Je suis léger. Je glisse. Je peux tout affronter. Je suis prêt.

    Je viens de recevoir un mail des syndicats.
    Je ne sais pas qui m’a mis sur cette liste.

    *

    100 millions. Même si je privilégie des désirs modérés, il me faudra un comptable ou deux pour gérer cette fortune. Je vais devoir embaucher du personnel. Femme de ménage. Jardinier. Intendant. Idem pour la maison du bord de mer. Je vais me retrouver à la tête d’une véritable petite entreprise. Avoir le bureau couvert de bulletins de salaires, de catalogues, de conventions, de modes d’emploi. Devoir comprendre tous les avantages en fiscalité, les aides sociales. Peut-être même faire appel à un traducteur. Un avocat. Plusieurs avocats. Changer de banque. D’assureur. De mutuelle. Qui va me renseigner ? Je n’ai pas le temps. Ça ne m’intéresse pas. Et comment leur faire confiance.

    * * *

    ▪ Chronique de ce livre sur le bloc-notes du 21


    couverture
    couverture
    couverture haute définition
    couverture haute définition
    extrait : 14 pages
    extrait : 14 pages
    le livre
    le livre