• FILLE DE CHAIR

  • Format 12 X 19 cm
    244 pages noir et blanc
    ISBN 978-2-9109-4686-9

  • publication : 23 avril 2014

  • ÉPUISÉ

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    Pour se rafraîchir la mémoire... Interviews, reportages et articles sur Amoreena Winkler et sur PURULENCE.

    *

    FILLE DE CHAIR raconte l’émancipation sexuelle, psychique et familiale d’une jeune fille extrêmement singulière. Ce livre fait suite à Purulence, qui racontait l’enfance d’Amoreena Winkler au sein de la secte Les Enfants de Dieu.

    Récit vertigineux porté par une énergie incroyable, FILLE DE CHAIR, nous plonge au cœur du chaos émotionnel, sensoriel et intellectuel où se façonne l’être en devenir durant l’adolescence.

    À 12 ans « Catherine », la narratrice, commence à se transformer physiquement et psychiquement. À l’extérieur de la secte, sa mère rencontre un nouveau beau-père et tente d’occulter les années de prostitution et de violence sexuelle qui ont précédé. Alors qu’une nouvelle vie débute en Savoie, Catherine se sent imploser. Du fait de sa sexualité précoce, elle est rapidement considérée comme « anormale »...

    À la montagne la narratrice découvre une réalité dont elle a été coupée jusqu’ici : le monde paysan, les autres enfants, le collège, le vieillissement. Elle laisse éclater sa révolte. Tandis que la mère de Catherine reçoit d’anciens adeptes – déboussolés par le déclin de la secte – l’arrivée d’un nouvel enfant précipite la dégradation des relations familiales. Jugée ingérable, Catherine est envoyée chez son père aux États-Unis.

    Alors qu’elle s’attend à être à nouveau soumise à l’emprise de la secte, Catherine découvre que son père, ancien missionnaire des Enfants de Dieu en Asie, vit dans la misère et le laisser aller. La famille paternelle compte sur elle pour redresser la situation. Mais Catherine méprise rapidement cet environnement en déréliction, et intègre un lycée américain où elle se passionne pour la chirurgie et les greffes. La mort de David Berg, fondateur de la secte, marque l’échec définitif de la génération de ses parents.

    FILLE DE CHAIR est un roman d’initiation qui parlera aux jeunes filles et jeunes femmes dont l’affranchissement passe par la revendication de leur identité corporelle, psychique et sexuelle.


    EXTRAIT :


    Saut à l’élastique

    « Mon tour arrive, j’y vais droit, comme un soldat, comme un condamné. J’écoute les indications, je suis prête d’avance. Légère et dépossédée, déjà. Arrivée en haut, tout est pointilliste en bas. Ce n’est rien qu’une abstraction grise, avec le matelas vert où je vais m’échouer tout à l’heure. L’image d’une mouche écrasée me vient à l’esprit. Ça ne me fait ni chaud ni froid.
    Je m’en fiche. Le gars ôte la barrière de protection et me dit : “ Quand tu veux ! ”
    J’avance sur la passerelle de grille. Je perçois le vide sous mes pieds. J’ouvre les bras et me projette en avant. Sans un cri. Les yeux bien ouverts, je regarde la terre s’approcher. Je pense que je vais mourir et m’écraser sur ce point vert. Je me sens bien. Hypnotisée par la perspective d’une fin, enfin.
    Je suis surprise et déçue du rebond.
    “ Ah oui… il y a l’élastique…” »

    Libido

    « Ce que je cherche, c’est un coup de queue, un corps viril à ma disposition, sentir de la fougue et du désir, l’odeur des sexes mêlés, la chaleur dégagée, ma peau comblée par la présence d’un autre. Mon bassin irradie de bien-être après, bercé par les heurts et collisions pelviennes. Apaisée et nourrie, j’en garde l’écho en moi pendant les heures qui suivent.
    Je hausse les épaules devant ma mère, qui s’accroche à des choses inutiles.
    La réalité du sexe est autre pour moi ; c’est une fin en soi, un aboutissement
    et une manière d’exister. Je ne m’encombre pas de ces bondieuseries en cul-de-poule.
    Je commence à penser mon corps comme un pénis qui pénètre le cerveau des hommes. Il est phallus en entier dans l’espace. Il me tient en s’érigeant pour lui-même. Il savoure cette liberté. Redressé, il pulse et se déploie. »

    La mort du gourou

    « “ Les enfants, c’est une nouvelle terrible. Grand-père est mort. ” annonce notre paternel livide.
    La mort de David Berg en 1994 fait écho à mon cheminement intérieur. La Famille l’annonce avec grand fracas, des injonctions de dévotion et de prière.
    Le mobile-home reçoit des appels téléphoniques le soir et des membres en déplacement viennent prier avec nous. Une mine contrite et la supplique que l’esprit du défunt leadeur soit toujours notre guide sont de mise. Pourtant sincère, mon père a perdu la gloriole des serviteurs du Christ. L’échec des hommes à mettre en œuvre leurs idéaux m’est conté chaque jour devant le monstre avachi qui énonce un discours tout en s’empiffrant d’une douzaine de burritos arrosés de bière. Il plaide l’impuissance et persiste pourtant.
    Qui est obligé d’obéir à des abominations ?
    Comment ont-ils fait pour régresser au stade de ver de terre lorsque le soufflé a dégonflé ?
    Plus rien ne tient, sans home, Grandpa, devotion time et demerit charts aux fesses ? En roue libre vers la fin la plus proche possible, ils pleurent la perte d’un sens, tout en y tenant encore très fort.
    Avec la mort de Grand-père, l’apitoiement des autres pour la guidance renforce mon sentiment d’avoir quitté cette hystérie depuis bien longtemps. J’ai du mal à ressentir un quelconque sentiment de perte, je trouve même que ça va dans l’ordre des choses. Il y a quelque chose de jouissif à constater que tout a une fin. Je leur laisse ce pathos, ce ridicule culte porté à des êtres inutiles. »

    L’échec de la première génération des Enfants de Dieu

    « Lorsque je regarde la trajectoire de mes parents, avec le peu que j’ai à disposition je me dis que c’est un sacré fatras. Malgré le sacrifice d’une vie, ils se retrouvent comme des rebuts, sans rien. Cette communauté demande un don de soi total et laisse finalement ses membres en pleine dérive, dans un état de misère réelle. J’en veux à la Famille, qui finalement n’a rien fait pour quiconque. Comme une mauvaise mère, elle n’a rien donné, mais a bien pris le temps, la chair et la vie de ces gens qui cherchaient une alternative. J’en veux à mes parents qui n’ont pas réussi, ni dans la Famille, ni ailleurs.
    Je leur en veux, parce que je sens qu’ils ne m’ont pas donné les moyens de devenir quelqu’un de bien. Je vais devoir galérer pour exister, pour être,
    alors que j’en vois au lycée qui ont déjà coché les cases de la construction
    de soi, de l’estime de soi, de la conscience de soi et du corps dans l’espace.
    Moi, je suis un fœtus mal développé qui se cramponne, une aberration qui
    prétendrait avoir une place, elle aussi.
    Comment être fière de qui je suis maintenant ? »

    Le livre
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    Extrait : 34 pages
    Extrait : 34 pages

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