Sylvie Rancourt en 1985

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  • « J’étais une fille perdue, maintenant retrouvée. »

    Entretien avec le magazine Zoo en 2013



  • Comment as-tu appris le dessin ?

    C’est la seule matière dans laquelle j’étais bonne à l’école. L’art plastique.

    Quelle a été ta formation ?

    Depuis mon enfance, j’ai toujours joué avec des bonshommes découpés dans le catalogue Sears et je racontais des histoires avec ça. Ma sœur Suzanne, qui avait deux ans de moins que moi, était mon auditoire. Tout le temps c’était ma passion, raconter des histoires. J’ai continué ensuite avec les enfants de ma sœur aînée, Simone.

    As-tu dessiné ou publié avant Mélody ?

    Adolescente, j’avais écrit 3 histoires dans des cahiers d’école, jamais publiées. Ma première bande dessinée, du genre histoire illustrée, j’ai raconté les orgies de groupe qu’on faisait en Abitibi. Mon mari (« Nick ») et les autres participants m’ont demandé de les détruire parce qu’ils avaient peur que d’autres pourraient les voir. Dans ma deuxième histoire illustrée, j’ai raconté mon enfance mais ma mère l’a jetée. Alors rendu à ma troisième, c’était la bande dessinée Mélody, je l’ai gardée bien précieusement pour que personne ne la jette. Ma seule publication avant Mélody, c’était une chanson publiée dans la revue de poésie Terminus.

    As-tu dessiné ou publié après Mélody ?

    Après les 7 premiers numéros de Mélody, j’ai fait de nouveaux scénarios plus complets pour la série chez Kitchen Sink. Par moi-même, il y a eu plusieurs publications imprimées à 100 exemplaires ou moins : Cheveuton. La Bible selon Sylvie Rancourt, L’Espoir, quelques autres. J’ai fait un jeu de cartes, aussi.

    Que fais-tu aujourd’hui ?

    Depuis 6 ans, je peins des toiles. J’en ai fait une centaine que j’ai reproduites dans deux petits livres et sur des cartes. En 2004, je me suis mariée à un fermier et j’habite à la campagne avec mon mari Gaston. J’élève encore ma famille car ma plus jeune a 13 ans. Une autre de mes filles a un garçon qui a 5 ans maintenant. Et la fiancée de mon plus vieux va avoir un enfant bientôt.

    Nick, le copain dont il est question dans le livre, qu’est-il devenu ?

    Il est mort au début des années 2000. Il était alcoolique et diabétique avec toutes sortes de problèmes de santé. Il a eu une crise de diabète et n’a pas pu faire son injection, il a été retrouvé étendu sur son plancher de cuisine. Ça faisait 4 jours qu’il était mort.

    Quel regard portes-tu sur ce recueil, des années après ?

    Trois choses. Je ne voulais pas qu’ils en vendent dans mon village, à cause des enfants qui vont à l’école et d’autres enfants pourraient les fatiguer avec ça. Quoique c’est moins pire maintenant parce qu’ils ont des cours de sexualité. Deuxièmement, j’étais une fille perdue, maintenant retrouvée. Troisièmement, j’assume les conséquences de mes gestes. C’est ce que je dis à mes enfants, de ne rien faire qu’ils ne sont pas prêts à assumer.

    Pouvez-vous me parler du contexte dans lequel ceci a été publié au début ?

    J’ai écrit ça chez ma sœur, en Abitibi. Toute ma famille a trouvé ça bon. Donc je suis retournée à Montréal pour trouver un éditeur, mais en ai pas trouvé. Un éditeur québécois que j’ai rencontré m’a dit que c’était impubliable et invendable. Alors je l’ai publié moi-même à quelques centaines de copies et j’ai fait des lancements dans les bars. Les clients ont trouvé ça bon. Puis je l’ai publié en format magazine pour qu’il soit distribué en kiosque.

    Quel était le circuit de distribution ?

    À travers tout le Québec, de Gaspésie jusqu’en Abitibi.

    Et les chiffres ?

    5000 par numéro, 2000 vendus de chaque, environ 10 000 pour les 6 numéros au total. J’ai arrêté parce la maison a commencé à craquer avec le poids des retours. Je me réveillais la nuit et j’entendais les craquements. Je ne pouvais plus me rendormir, alors j’ai décidé d’arrêter.


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