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  • Préface inédite pour Histoire d’un couple

    Par Lucas Méthé, en 2013


  • Une coréenne avec qui nous nous promenions sur un marché aux puces, apercevant des graines de tomate à vendre et se rappelant que nous en cultivions, se demanda soudain d’où peuvent bien provenir ces choses qui font qu’un pied pousse. « - Dans les tomates. - Où, dans les tomates ? - Au milieu : les graines noires ! » Elle les avait bien remarquées, mais n’avait pas pensé qu’il pouvait en sortir quelque chose. Elle avait, je pense, trente-cinq ans. (Or voilà que rapportant l’anecdote à une amie française du même âge, elle hésite d’abord à s’en amuser avec nous, puis nous confesse qu’elle non plus n’en était pas trop sûre.) Quant à nous il n’y a que deux ou trois ans que, honte puis intérêt nous poussant, nous nous penchons sur ces choses auxquelles jusqu’alors nous ne connaissions qu’un tout petit peu plus : à peu près rien. On devrait continuer d’apprendre, si les limaces nous en laissent le loisir.

    *

    De Yeon-sik Hong, ma compagne ne connaissait que des photos de son magistral potager, postées par lui sur internet. Elle souhaitait à ce sujet des renseignements techniques et le contacta donc. De son côté, Yeon-sik s’intéressait à la France comme endroit préservé, pensait-il, où il pourrait éventuellement venir vivre avec sa femme. Yoon-sun lui fit voir les difficultés administratives, un peu simplifiées pour elle du fait de notre vie commune, mais qui pour eux, couple coréen, entraineraient très certainement l’impossibilité.

    Résidant en France depuis 4 ans, et n’étant toujours pas retournée en Corée, il fallait que Yoon-sun s’y rende et je l’accompagnai. Le tableau qu’elle m’en avait donné ne me faisait pas fort envie, et je n’ai donc pas été très surpris ; mais j’ai été très abattu. Les performances technologiques m’attristent et ne m’impressionnent pas, surtout lorsqu’elles se font si évidemment à l’encontre de l’environnement ou des principes naturels. Nos désastres sont certainement assez semblables, mais le dépaysement (léger, et qui consiste surtout en l’énergie plus visible et encore neuve que la Corée s’est découverte dans le désastre) a fort accru pour moi l’impression d’une direction suicidaire, apparemment unanimement désirée. (On aimerait savoir s’il se trouve des pays pour ne pas vouloir s’y placer, et non pas seulement pour n’en pas avoir la force ?)
    Il paraît que la partie sud (de la Corée du Sud) est mieux préservée. Yoon-sun n’a pas pu me l’assurer : citadine, elle n’a qu’exceptionnellement mis les pieds hors de Séoul, qui est toute la Corée pour elle.

    Rendez-vous fut pris avec ce Yeon-sik qu’on ne connaissait donc pas. Sa femme, leurs fils et lui habitaient au rez-de-chaussée d’un lotissement, dans la banlieue Séoulienne de Paju (voir le livre), plutôt charmante en regard de la banlieue opposée où nous venions de passer quelques nuits. Leur potager était petit, mais bien ordonné (sur les photos, la diversité des légumes cultivés y était impressionnante et belle) ; assez vide, et donnant une impression un peu triste, vue la saison. On se fit offrir des graines de longs haricots blancs inconnus, qu’on rapporta (et qu’on fit l’erreur d’oublier dans un coin).
    Nous nous sommes promenés avec leur petit garçon et leur ami Tchan-Tchan (c’est l’ami qui, dans le livre, doit toujours aller leur rendre visite), dans un agréable jardin public. On voyait des collines boisées. Après l’interruption forcée de leur vie dans la montagne, Yeon-sik et sa compagne avaient fait une ou deux autres tentatives campagnardes, infructueuses, avant de se retrouver ici dans l’attente d’un nouveau départ.
    On savait qu’ils avaient eu des chats (Ça nous intéresse. Faire la rencontre d’animaux amicaux en voyage nous est toujours un grand repos. La plupart de ceux qu’on vit en Corée étaient inapprochables, craintifs, apparemment objets de peu d’égards.) On n’en vit pas trace, non plus que du chien qui figure dans Histoire d’un couple. Nous ne les avons pas questionnés, cela ne semblait pas les amuser beaucoup.

    Nous avons bu de l’alcool de pin (?) fait par eux, et dîné merveilleusement. Yeon-sik aime cuisiner (il poste d’ailleurs fréquemment sur son blog des photos de ses plus beaux plats).
    Il nous sembla qu’un éditeur français pourrait bien s’intéresser à publier le récit qu’il venait de faire paraître, originellement constitué en deux volumes, dont Yoon-sun venait de se procurer le premier. On apprit que le titre figurant sur la couverture, signifiant quelque comme comme : « C’est pas le grand confort, mais on est content quand même ! », était une idée de l’éditeur. (Le titre initial est donc rétabli dans cette édition.)
    On regarda les amusants livres pour enfants écrits et illustrés par sa compagne, dans lesquels des extra-terrestres en visite jettent Séoul à la poubelle.

    Ce fut un agréable moment de détente (un autre eut lieu à la campagne, chez une autre ex-Séoulienne, exilée toute seule dans une maison en pleins champs ; ce qui ne se fait pas du tout, paraît-il). De retour en France, le travail de traduction nous occupa pendant l’hiver, assis sur le canapé, mais pas au coin d’un si beau poêle que celui de Yeon-sik et sa compagne, hélas.

    Lucas Méthé

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  • HISTOIRE D’UN COUPLE



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