Partager Partager URL doc
  • Interview : le retour à la terre de Yeon-sik Hong

    Interview pour Mangarte en janvier 2014


  • Pouvez-vous vous présenter au public français, comment êtes-vous devenu dessinateur de BD ?

    Quand j’avais 20 ans, j’ai fait un apprentissage dans un studio pour apprendre la bande dessinée. J’ai réalisé ensuite une histoire courte pour un concours de bande dessinée organisé par un magazine. C’est comme ça que j’ai mis un pied dans le milieu avant d’enchaîner les commandes dans le domaine de la BD éducative. Histoire d’un couple est mon premier album véritablement personnel. Il a été publié en 2012 en Corée du Sud.

    Pourquoi avoir choisi au départ la BD éducative ?

    C’est un secteur éditorial très florissant en Corée qui reste toujours en demande de dessinateurs. C’était surtout une façon de gagner ma vie. Ca m’a sans doute aidé sur le plan du style et au niveau de la technique pour avoir une narration efficace. Mais pendant des années, je n’ai pas pu faire ce que j’aimais. En réalisant Histoire d’un couple, j’étais trop heureux, j’en pleurais presque d’émotion !

    Votre album raconte votre départ de Séoul avec votre femme pour vivre à Pocheon, un endroit montagneux superbe mais très isolé. Comment est née l’envie d’évoquer cette expérience en BD ?

    Je pensais que raconter ma vie avec ma femme pouvait être un point de départ amusant. Je ne réfléchissais pas alors en terme de publication. Il se trouve que je voulais fuir Séoul, le loyer était trop cher, la vie trop difficile, trop bruyante. Le livre raconte la difficulté à m’adapter à la vie à la campagne, j’étais trop isolé, stressé et j’ai déprimé à cause de cela.

    L’arrivée à Pocheon se double bientôt de la remise en cause de votre statut d’auteur de BD commerciale, mal payé, endetté et perpétuellement brimé par ses éditeurs. Cette situation vous était-elle spécifique ?

    C’est pour tout le monde pareil ! Si un dessinateur en a marre et dit qu’il abandonne à son éditeur, celui-ci sait déjà qu’il y a des jeunes derrière pour le remplacer. Seule une poignée d’auteurs gagne très bien leur vie dans ce système, pour la majorité des autres, c’est plus dur. Ca a été aussi la motivation principale du livre, je n’avais pas peur de connaître de trop grande difficulté financière car je connaissais déjà le pire. Depuis que j’ai fait cette BD, j’ai d’ailleurs arrêté les commandes.

    Le choix du noir et blanc s’est-il imposé pour des raisons économiques ou esthétiques ?

    Quand j’étais petit, je lisais des BD en noir et blanc et lors de mon apprentissage, je faisais aussi du noir et blanc, j’y étais donc habitué. En Corée en ce moment, il existe beaucoup de BD réalisée en direction d’internet. Elles sont créées sur palette informatique et toutes en couleur. C’est très à la mode. Moi, j’aime le contact avec le papier. Je peux faire de la couleur mais pas sur ordinateur, je préfère le mode « artisanal ». Dans la version coréenne d’Histoire d’un couple, il existe quelques pages en couleur mais je n’aimais pas trop le rendu et on a décidé de tout enlever pour la version française.

    Vous prenez manifestement un grand plaisir à dessiner la nature…

    Je ne voulais pas faire quelque chose de trop épuré et j’ai souhaité m’attacher aux détails. J’ai préféré simplifier les personnages pour en accentuer l’expressivité et dépeindre les paysages précisément pour en souligner le sublime, l’immensité, et marquer aussi le changement des saisons. Au début, j’ai beaucoup utilisé de photos. Je ne voulais pas me tromper et montrer, par exemple, l’éclosion d’une fleur à une mauvaise période de l’année.

    Pocheon ne se situe pas très loin de la frontière avec la Corée du Nord. Étonnamment, vous ne parlez jamais de cette proximité avec le pays voisin dans votre album.

    On vit tous les jours avec [la Corée du Nord, ndlr], alors on n’y pense pas trop…

    *

    Propos recueillis par Nicolas Trespallé, à Angoulême le 31 janvier 2014.
    Publié sur le site Mangarte blog.
    Traduction du coréen par Yoon-suk Park.

  • Les livres de

  • HISTOIRE D’UN COUPLE



  • Autres propos:
    > Préface inédite pour Histoire d’un couple